C’est à l’abbaye Sainte Anne de Kergonan que nous avions décidé de fêter Saint Joseph cette année. Dès 9 h 30 ce mercredi 19 mars, une cinquantaine de grands-parents du Morbihan et d’Ille et Vilaine se sont retrouvés dans le parc du monastère avant d’assister à 10 h à l’office de Tierce suivi de la messe solennelle dans l’église de l’abbaye, admirant la liturgie « rythmée » par les chants grégoriens.
Accueillis par le père Jean-Emmanuel, frère hôtelier, celui-ci a évoqué l’historique de ce lieu où vit la communauté des moines bénédictins selon la règle établie par Saint Benoît au VIème siècle. Alors qu’une 1ère réforme a conduit certains moines à rénover la vie monastique vers l’an 1000, de manière plus rigoureuse fondant l’ordre des cisterciens, une seconde réforme établit un nouvel ordre monastique au XVIIIème siècle qu’on appelle l’Ordre Cistercien de la la Stricte Observance, moines familièrement appelés trappistes. Dans notre diocèse du Morbihan 4 monastères répondent à la règle de Saint Benoit les moniales bénédictines à l’abbaye St Michel de Kergonan, les moniales trappistes à l’abbaye la Joie Notre Dame à Campénéac, les moines bénédictins à l’abbaye Sainte Anne de Kergonan et les moines trappistes à l’abbaye de Timadeuc.
A la révolution française, toute vie religieuse est balayée mais dom Guéranger restaurera l’abbaye Saint Pierre de Solesmes en 1833. Celle-ci connaîtra alors un rayonnement et une croissance inconnue jusqu’alors, une douzaine de communautés verront le jour. C’est ainsi que mes moniales bénédictines décident de fonder un nouveau monastère en Bretagne demandant aux frères de s’installer près d’elles. En 1897, l’abbaye Sainte Anne est créée par les moines et les moniales se mettent sous le patronage de Saint Michel Archange.
Les débuts sont tourmentés par l’antichristianisme de l’époque (loi Combes en 1901) ce qui contraint les communautés à l’exil en Belgique pour les frères et en Angleterre pour les sœurs. Entre 1910 et 1916 Kergonan devient un pensionnat de jeunes filles, retour des moines en 1918 mais au cours de la 2ème guerre mondiale, le bâtiment est réquisitionné par l’armée allemande, devient un observatoire et après la libération de la « poche de Lorient » en 45on y installe un camp de prisonniers allemands…Enfin en 1946 la communauté reprend ses droits !
L’église actuelle a été construite en 1970 et la boutique, ouverte en 1990, au moment de l’apogée du monastère qui compte alors 40 moines. Ils sont 18 aujourd’hui. Le nouveau père abbé, dom Jean-Vincent Giraud, tout jeune prêtre, a été élu en aout 2023 après avoir été formateur des novices (noviciat dont il désire faire une priorité).
Le frère Jean Emmanuel a poursuivi en expliquant le déroulement d’une élection abbatiale : chaque moine est candidat, 4 premiers tours de scrutin se succèdent ; si aucun nom ne ressort d’une majorité de 2/3 des voix, on suspend l’élection. Un prieur administratif est désigné par Solesmes et l’Esprit Saint poursuit son œuvre…
Dom Giraud est le 6ème Père Abbé de Kergonan, après la démission du père Piron en 2018. Les moines font vœu d’obéissance au Père Abbé, autour de lui, la communauté de frères cherche à développer une communion dans l’unité et dans la paix. La réponse au même appel du Christ cimente l’unité des cœurs
Les journées sont rythmées par le célèbre Ora et Labora, ora pour la liturgie des heures (7 offices tout au long de la journée, la lectio divina et l’oraison – 5h//jour), labora par le travail pour faire vivre la communauté : cuisine, jardin (vergers et 40 ruches, peinture sur céramique, hôtellerie (elle s’auto-finance grâce à l’exploitation de 3 gîtes offrant 26 couchages), boutique.
Chaque activité d’un moine dure 3 ans puis rotation La moyenne d’âge des frères est actuellement de 50 ans. La cloche appelant les moines à l’office de sexte retentit, mettant fin à ce passionnant échange : merci frère Jean Emmanuel !
A l’issue du déjeuner que chacun avait apporté et que nous avons partagé convivialement, le père Benoit est venu nous apporter son témoignage et ses réflexions sur notre rôle de grands-parents.,

Dans la matinée, nous avons appris le rappel à Dieu, en cette fête de Saint Joseph, de Bruno de Beauregard. Avec Catherine son épouse ils avaient été chargés par Mgr Gourvès, évêque de Vannes, après la visite de Saint Jean Paul II à Sainte Anne d’Auray en septembre 1996, de créer un Mouvement de grands-parents sous la conduite d’un aumônier, le père Bernard Théraud.
Lui ayant confié ce que nous venions d’apprendre, le père Benoit nous a proposé de réciter le psaume 129, rappelant que la mort fait partie de la vie. En Afrique, au Sénégal où il a vécu 10 ans, lors d’un décès tout s’arrête : les amis, les proches, la famille se rassemblent une journée ou plus. Dans ce pays musulman à 95 %, 5% de chrétiens et 100 % d’animistes ( !), il a ressenti une grande profondeur de l’âme religieuse et aussi une grande solidarité das ces moments difficiles. Nous chrétiens, notre citoyenneté se trouve dans les cieux, comme nous l’avons entendu dans la 2ème lecture du dimanche précédent (lette de St Paul aux Philippiens 3, 17-4,1).. Nous vivons pour une vie éternelle : tous les saints prient pour nous, ils nous désirent, ils nous attendent
Le père Benoit qui est prêtre depuis 34 ans est à Kergonan depuis 23 ans. En ce moment, il est chargé de la cuisine. Il nous a exprimé sa joie de vivre, son admiration pour la création, les fleurs, les arbres, le chant des oiseaux ; il a cité sa mère qui lui a transmis, entre autres, le sens du beau !
Relevant la grâce de rencontrer des personnes qui transmettent la foi, il a évoqué le rôle des babouchka russes grâce auxquelles la foi a demeuré.
Pour les petits-enfants, leurs grands-parents sont des personnes qui comptent pour eux : ils sont porteurs d’espérance, d’amour et de vie. Leur mission est différente de celle des parents (qu’il faut cependant respecter) : il faut avoir le souci de leur transmettre ce qui fait le cœur de notre raison de vivre. Les jeunes souffrent d’un manque d’écoute : essayons d’établir un climat propice aux confidences. Nous nous devons de les accueillir même si ce n’est pas toujours facile, les encourager à l’excellence, souligner ce qu’il y a de positif, célébrer les succès.
Pour les plus jeunes, avides de merveilleux, leur raconter des histoires (cela nourrit l’imagination des enfants et cela l’embellit), leur apprendre à reconnaître les constellations ; savoir créer une relation de confiance et de franchise. Les jeunes savent beaucoup de choses et des choses qu’on ne connaît pas. Entre 12 et 16 ans, susciter le désir, faire des choses ensemble cela crée une communion par l’action réalisée ensemble. A 16-18 ans, ils découvrent la dureté de la vie : être alors une écoute bienveillante pour réconforter, consoler, pour remettre la souffrance à sa place. Sachons reconnaître les moments de grâce quand nos petits-enfants se confient à nous.
La foi grandit lorsqu’elle se transmet : donnons-leur des signes, le bendicite à table, la messe dominicale, l’angelus à vivre en famille… Quand nous prions pour eux, les nommer. Respecter nos petits-enfants mais ne pas tout accepter, ne pas les juger mais rester cohérents, fidèles à nos convictions, comprendre que tout le monde n’a pas accès à la même Lumière.
Quelques questions ont alors été posées
- Comment recevoir un petit-enfant qui vit en concubinage ? le recevoir seul mais pas forcément en couple…
- On parle beaucoup des grands-mères et peu des grands-pères…
- Comment régir face à l’homosexualité, au phénomène des transgenres ? reformuler ce qu’on a entendu, prendre du temps pour en reparler…
Et comme le gosier est le chemin du cœur, partager un bon repas et exprimer sa joie !
Nous avons conclu cet échange par la récitation de notre prière de grands-parents et l’après-midi s’est terminé par l’office des Vêpres.
Chacun est reparti, une nouvelle fois heureux d’avoir célébré la fête de Saint Joseph dans un cadre reposant, plus fort des réflexions de ces édifiants « hommes de Dieu » !
Grand merci à eux !
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